Voilà, voici enfin mon premier vrai billet de blog. Pas un truc de présentation lambda où je vais parler pour ne rien dire. Cette fois, le sujet est clair : une réforme économique, structurelle (dont, qui touche la structure même de l’économie), au niveau national. Je vais bien sûr m’efforcer de rendre mon explication et mon avis clairs pour éviter que ce billet ne devienne qu’un appât à technicien.ne.s de l’économie.

Depuis l’élection du Président Macron, quelques points de son programme me reviennent en tête. Flexibiliser l’emploi en facilitant les embauches et les licenciements, se concentrer sur la formation…

Dites donc, mais j’ai déjà entendu ce genre de choses quelque part, mais où… Oh ! Mais c’est bien sûr ! Le Danemark !

Le drapeau danois, si vous n'aviez pas reconnu

Alors non, les personnes avec moi dans le fandom Hetalia, ne partez pas, je ne voulais pas vous faire peur. Mais il est vrai que le Danemark est très connu pour son taux de chômage très faible, faisant que beaucoup de pays parlent de « Modèle danois », voire de « Miracle danois ».

Qu’en est-il ?

Per Kongshøj MADSENLe modèle danois est basé sur le « Triangle d’Or », de Per Kongshøj MADSEN (prononcez « Père Konn-sh-œil Mèèèdsn »), professeur émérite à l’Université d’Aalborg. Il s’agit d’un trio de facteurs qui, mis ensembles, créent une « flexicurité du travail », donc un mélange entre la flexibilité du travail que personne n’aime à part les grands patrons et les nantis qui n’ont jamais connu la difficulté de vivre avec un emploi précaire (je rigole, hein, quitte pas la page, je cherche à garder l’attention de tout le monde en faisant ce genre de remarques), et la sécurité du travail que tout le monde souhaite, sauf les personnes citées précédemment (vire ton curseur de cette croix rouge !).

On serait alors face à une situation où…l’emploi est flexible et donc précarisé, mais en même temps sécurisé. Concept !

Mais pourtant cela peut fonctionner, à l’aide de ces trois facteurs :

 

- Des embauches et des licenciements simplifiés

- Un effort de formation très important pour les chômeurs, obligatoire pour conserver les allocations chômage

- Des allocations chômage ENOOOOOOORMES, très généreuses : 90 % de la moyenne des 3 derniers salaires. En comparaison, en France, c’est 57 % actuellement, bien que nous ayons été à 90 % sous Georges POMPIDOU.

 

Ces trois facteurs forment le triangle d’or. Maintenant, voici comme il fonctionne :

Alex travaille dans une entreprise d’agro-alimentaire, iel fabrique de la bouffe pour Super U, Carrefour…etc… Un jour, pour des raisons x ou y, iel se fait licencier. Si facilement qu’iel est à la porte le soir même du jour où on lui a annoncé. La classe, quoi, pas de délai de préavis, rien du tout. Le soir même, iel est chômeur.se. Pourtant, dès le lendemain courront ses allocations chômage, égales à 90 % de ses derniers salaires, ce qui n’est pas rien pour le coup, mais avec une grosse contrepartie : une obligation de formation pour se préparer à un nouveau métier. Il est obligatoire de suivre assidûment ces formations pour conserver le droit à ces allocations. Lorsque la formation en question est terminée, Alex pourra, normalement, facilement retrouver un emploi du fait de la flexibilité du travail.

En somme, le travail est flexible et précaire, mais le chômage est sécurisé.

C’est ainsi que les choses se passent au Danemark depuis plusieurs années : le taux de chômage était descendu à 3,6 % en 2008 avant la crise financière, pour monter à 7,6 % au maximum en 2011, pour retomber actuellement autour de 6 %. La crise a eu un effet certes, mais plus faible que dans d’autres pays. En France, on est à 10,5 % environ, hein…


Alors pourquoi j’en parle ? Certes, aujourd’hui, c’est la fête nationale du Danemark, mais aussi car c’est peut-être ce qui se trame derrière la tête d’Emmanuel Macron actuellement. En effet, dans son programme, ses idées principales, il parlait déjà de flexibiliser le marché du travail (tu viens plus facilement dans l’entreprise mais on te gicle aussi plus facilement), et de mettre en place un gigantesque plan de formation au niveau national.

Nous en sommes à 2 facteurs sur 3 du Triangle d’Or. Alors certes, je vois très mal notre Président passer les allocations chômage de 57 à 90 % du salaire, bien qu’il ait déjà prévu plusieurs réformes telles qu’une nationalisation de ces allocations (un début vers ce 3ème facteur ?) et une harmonisation de celles-ci pour tous.tes.

Selon moi, il y a peut-être une volonté de rentrer dans ce modèle de flexicurité du travail. François Hollande avait voulu seulement flexibiliser le marché du travail (tu viens vite, tu pars vite, hein), mais sans plus, ce qui est là une REELLE dégradation des droits salariaux. Emmanuel Macron semble vouloir aller plus loin…

Alors la question que vous devez vous poser, c’est « Qu’est-ce que toi, Judal-sensei, pense de cette réforme, de ce Triangle d’Or ? »

Donc, je vais avoir du mal à répondre : sur le papier, malgré tout, une mise en place totale de ce modèle ne serait pas néfaste, ni un « recul social », selon moi : certes, on peut facilement être licencié, mais les fortes allocations nous permettent de garder un bon train de vie, et la formation permet d’apprendre des choses, se cultiver, gagner en compétences pour retrouver facilement un emploi ensuite. Ce serait quelque chose de très positif pour le pays…sur le papier !

Mais après, dans les faits…c’est peut-être une autre histoire. Je m’explique :

Contre-argument 1 : Au Danemark, près de 80 % de la population estime le travail comme nécessaire et un devoir envers la société, contre 60 % en France, avec un taux plus faible encore à l’affirmation « Ne pas travailler si on ne veut pas » (Source : http://resultat-exploitations.blogs.liberation.fr/2010/11/22/miracle-danois/ à la fin de la page, mais lisez donc tout si vous êtes motivé.e). On peut alors voir que le Danemark possède une mentalité plus propice à l’investissement professionnel, tandis que la France est plutôt dans la liberté du « si j’ai pas envie de travailler pour cette société qui nous pousse à travailler pour vivre et consommer, je travaille pas (sans me dire que si tous les gens qui ne veulent pas travailler ne travaillaient pas, plus rien ne serait produit, au niveau des moyens de subsistance, et donc chacun devrait se mettre à l’autarcie pour produire ses denrées, donc travailler) ».

Oui je connais beaucoup de gens qui voient le simple fait de travailler un peu comme un « complot de la société pour endormir le peuple de moutons que nous sommes ». Oui. On appelle cela du complotisme. Tiens, parlons-en du travail : oui, le travail est l’exploitation de la classe prolétarienne par la classe bourgeoise qui détient les capitaux, mais le problème n’est pas que l’on « travaille », car il le faut pour produire, ne serait-ce que les denrées et services nécessaires à notre survie et les biens nécessaires à notre divertissement et notre culture, mais il se trouve que l’on « travaille de trop » : et le travail trop présent empêche de se cultiver et de devenir donc plus intelligent (on peut encore ici parler de complot en disant que l’on fait exprès de faire 35 ou 39h par semaine : pour nous empêcher de nous cultiver et de comprendre qu’on est exploités ; alors c’était peut-être vrai il y a quelques siècles, mais aujourd’hui, c’est plutôt parce que « tout le monde fait comme ça et, si on travaille moins, on est vus comme des fainéants »). Donc oui, on travaillerait de trop. C’est bien ici, le problème. Rappelez-vous des travailleur.euse.s qui luttaient pour les 3-8 : 8h de sommeil, 8h de travail, 8h de détente (ça fait 24h, ouais)

Contre-argument 2 : Donc j’ai déjà donné un inconvénient / incohérence du modèle pour notre pays : la différence de mentalité vis-à-vis du travail, mais voilà peut-être le défaut le plus important que je vois, et qui, je pense, mettra d’accord pas mal de monde : la possible disparition de la notion de carrière interne. Des personnes (moi inclus) peuvent passer leurs études à se concentrer sur UN métier, une profession, en voulant y rester si possible toute leur vie. Avec une flexicurité, c’est fini : il faut travailler une période dans l’assainissement, une période en usine, une période en tant que conseiller bancaire…etc… Certes, cela rend le CV super riche, la vie aussi… Mais au final, que sommes-nous ? Banquier ? Enseignant ? Manutentionnaire ? Plombier ? Non, vu que l’on risque de changer de profession au moindre problème. Alors peut-être suis-je trop négatif, mais c’est ainsi que je vois la chose.

Contre-argument 3 : le pays compte environ 3,5 millions de chômeur.euse.s de catégorie A (qui ne travaillent pas du tout, même pas de petits contrats précaires), alors que les postes à pourvoir sont de…300 000 environ. Je mets en source un article du Figaro (datant de 2012 mais la situation est encore globalement la même) : si c’est le Figaro qui le dit, alors que c’est juste, dans le sens où la ligne éditoriale est plutôt à droite, et à droite on a souvent tendance à dire que le chômage est lié à la présence du SMIC, à la fainéantise des chômeurs, à l’assistanat…et cet article ne le dit pas ! Donc je pense que la preuve est suffisante. (L’article : http://www.lefigaro.fr/emploi/2012/05/10/09005-20120510ARTFIG00673-difficile-adequation-des-offres-et-demandes-d-emploi.php ).

Il serait donc nécessaire de créer des emplois (exemple, dans l’écologie et les énergies renouvelables, hein, juste au passage) ou de diminuer le temps de travail hebdomadaire, bien que la proportion d’entreprise de moins de 10 salarié.e.s en France (95 % environ) rende cette mesure compliquée, à moins de réduire fortement cette durée, genre 25h. Et le problème étant l’impact sur ces entreprises : qu’on le veuille ou non, et même si cela fait grincer des dents des ami.e.s qui ont des idées proches des miennes : les patron.ne.s d’entreprises de moins de 10 salariés sont souvent dans des situations moins enviables que les salariés. Je m’explique : quand je travaillais en restauration (spoiler), nous faisions tous.tes des contrats au SMIC, pas très rémunérés donc, de 4 à 20h par semaine. La patronne travaillait tous les jours, de 9h à 23h, avec une pause entre 15h et 17h, plus les charges à payer, l’administratif : malgré cela, elle n’a pas pu se payer pendant la première année, puis touchait un SMIC. Depuis, elle doit gagner surement plus, mais pas 2 000 ou 3 000 € par mois, ne rêvons pas. Et la grande majorité des petites entreprises sont dans cette situation : on ne peut pas leur faire diminuer la durée du travail sans les mener à leur perte : trop de charges alors que les patron.ne.s ne peuvent même pas se payer… Les 5 % restants des entreprises, oui, doivent représenter une richesse bien supérieure aux 95 autres pourcents réunis, et on peut faire descendre les salarié.e.s à 10h semaine, voire moins ! Mais je ne pense pas que ces quelques entreprises suffiront à combler le manque de demandes de travail…

 

Voilà, je crois que j’ai fait le tour de ce que je voulais dire. Donc, bonne soirée ! (Manière la plus merdique de terminer un billet…..)